Dans une interview accordée à Lefaso.net, le Dr Nadège Minougou/Comboigo, vétérinaire et experte One Health, attire l’attention sur la responsabilité du secteur de l’élevage dans l’émergence de la résistance aux antimicrobiens, un phénomène qui cause chaque année près de 700 000 décès dans le monde. Au Burkina Faso, plusieurs études ont révélé la présence de bactéries résistantes et multirésistantes dans les élevages bovins, avicoles et porcins. La spécialiste explique que la transmission de ces bactéries à l’homme peut se faire par contact direct avec les animaux, par la consommation de viande insuffisamment cuite ou de lait non stérilisé, ou encore par l’ingestion de résidus d’antibiotiques présents dans les produits d’origine animale. Ces résidus, consommés régulièrement à faible dose, contribuent à diminuer l’efficacité des antibiotiques chez l’être humain, d’autant plus que certaines molécules utilisées en santé animale sont aussi utilisées en médecine humaine.
Le Dr Minougou/Comboigo insiste sur l’importance du respect des délais d’attente après l’administration d’un antibiotique avant la mise à la consommation de la viande, du lait ou des œufs. Ces délais varient en fonction du médicament et du type de produit concerné, et doivent être clairement expliqués par les professionnels de la santé animale. Elle rappelle que la réalisation d’un antibiogramme devrait toujours précéder la prescription d’un antibiotique, afin d’identifier la molécule réellement efficace contre la bactérie visée.
Contrairement à une idée répandue, la cuisson ne permet pas d’éliminer les résidus d’antibiotiques. Elle détruit uniquement les bactéries responsables d’infections, mais n’élimine pas les substances chimiques présentes dans la viande ou le lait. La prévention passe donc essentiellement par le respect des bonnes pratiques d’élevage et des délais d’attente.
Concernant l’usage de promoteurs de croissance, la spécialiste met en garde contre les risques pour le consommateur. L’administration prolongée de petites doses d’antibiotiques à des animaux favorise l’apparition de bactéries résistantes dans leur organisme. Ces bactéries peuvent ensuite contaminer l’homme à travers la consommation de viande, de lait ou d’œufs, ou même par simple contact. Les résidus de ces antibiotiques fragilisent progressivement l’efficacité des traitements chez les humains et rendent certaines infections plus difficiles à soigner. Pour cette raison, l’utilisation d’antibiotiques comme promoteurs de croissance doit être évitée.
Pour limiter les risques, les consommateurs doivent respecter les règles d’hygiène, bien cuire leurs aliments et s’assurer que le lait consommé est correctement stérilisé. Ceux qui apprécient la viande saignante devraient s’approvisionner uniquement dans des espaces où la qualité sanitaire est contrôlée. Une attention particulière doit être accordée aux périodes de forte consommation, comme la Tabaski, période durant laquelle certains éleveurs peuvent être tentés d’abattre rapidement des animaux récemment traités.
Le Burkina Faso multiplie les actions de sensibilisation à travers les services vétérinaires, la Plateforme nationale One Health et le Plan d’action national de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Les messages sont désormais traduits en langues locales afin d’améliorer la compréhension et d’encourager les éleveurs à adopter de meilleures pratiques, pour la santé de leurs propres familles comme pour celle des consommateurs.
Source : Lefaso.net, propos recueillis par Armelle Ouédraogo
